« L’autisme n’est pas le problème, c’est la solution ! »

Pas facile d’expliquer à un neurotypique en quoi la découverte de l’autisme est bénéfique. Cela peut lui paraître contre-intuitif. Fréquemment, cela est perçu de manière très négative, comme quelque chose de grave. Je ne nie pas que sous certaines formes ça ne peut pas l’être mais en considérant l’autisme de haut niveau de fonctionnement, nous ne sommes au sein de la communauté autistique pas les plus à plaindre. Encore que bien définit dans la DSM-V comme une forme légère d’autisme, ses conséquences sociales ne le sont pas.

Personnellement, j’ai constaté que d’exprimer ses particularités et difficultés liées à sa condition est par méconnaissance souvent reçu avec mépris. J’ai souvent entendu des trucs du style « fais un effort », « tu parle bien, ça doit pas être si terrible », « franchement, t’as pas l’air autiste », « arrête ton délire, sors de ta bulle » etc. A l’extrême, il m’est aussi arrivé de constater que les neurotypiques ont souvent tendance à voir les choses en blanc ou noir. Cela va de celui qui vous explique que c’est dur pour tout le monde à d’autres qui pensent que vous serez tout bonnement incapable. Par exemple, beaucoup s’imaginent que l’autisme rend imperméable aux contacts sociaux . C’est un cliché à démentir, ça n’est pas que les autistes n’aiment pas les échanges, ce qui les dérange c’est l’absence de prise en considération par les neurotypiques de leurs particularités. Pour elles, nous sommes certes considéré légalement comme étant « handicapé » mais cela ne se voit pas. Alors notre handicap n’est pas si handicapant. Et puis les croyances populaires que véhiculent les fictions nous accorde des « supers pouvoirs ». En somme, c’est plutôt cool d’être autiste…

« L’autisme n’est pas le problème, c’est la solution », cette phrase est sorti spontanément un jour où j’essayais d’expliquer à un ami qui me connaît depuis près de vingt ans ce qui fait bel et bien de moi une personne autiste. Ce que j’ai voulu lui signifier par là, c’est que l’ignorance est un condamnation. Savoir est impératif car cela permet de mieux se connaître et se respecter au quotidien.

Voici un extrait d’un ouvrage de Laurent Mottron qui exprime de manière limpide ce que j’ai voulu dire. C’est un chercheur français, psychiatre de formation qui a choisit d’émigrer au Canada, au Québec précisément, pour fuir la prédominance de la psychanalyse dans la psychiatrie française. Petites explications de textes pour les lecteurs non avertis, en 2004, ce que l’on nommait par TEDSI, trouble envahissant du développement sans déficience intellectuelle, c’est l’autisme Asperger  :

« Les milieux de santé français tardent à reconnaître les troubles envahissants du développement sans déficience intellectuelle, alors que cette catégorie est reconnue dans les milieux scientifiques depuis la fin des années quatre-vingt.[…] En France, le diagnostic d’autisme, encore trop souvent considéré comme un handicap très lourd au pronostic pauvre, reste réservé aux personnes les plus atteintes sur le plan du comportement et du développement cognitif. […] Nous pensons pourtant […] que l’obtention du diagnostic […] est une exigence fondamentale. Le no man’s land diagnostique dans lequel les personnes autistes verbales se trouvent en France […] est une aberration dont les conséquences en terme de souffrance humaine sont négligées par les professionnels qui le maintiennent. […] Le diagnostique de TED est nécessaire avant tout parce que ce diagnostic donne à la personne atteinte une compréhension rétrospective de ses particularités et un cadre de référence pour les affronter. […] Les cliniciens français y (un diagnostique de TEDSI) voient souvent un acte « stigmatisant ».

L’apprentissage du diagnostic est également nécessaire pour que les familles comprennent ce qui leur arrive […]. Il est souvent accepté en France que l’histoire subjective de la personne atteinte et celle de ses parents soient les premières dimensions à considérer pour expliquer ou accepter ces particularités cognitives. Il s’en suit une sorte d’obligation morale et de pression du milieu psychiatrique pour que les familles et la personne atteinte se consacrent à un travail subjectif personnel, au lieu d’objectiver les particularités de la personne […].

En somme, l’effet pervers de l’ignorance de la littérature internationale en matière de diagnostic des TEDSI revient à isoler les personnes autistes encore plus qu’elles ne le sont déjà, du fait qu’elles ne peuvent se reconnaître dans la description qui est faite d’elles scientifiquement. La place sociale d’un TEDSI s’acquiert d’abord en tant que porteur d’un diagnostic. Celui-ci équivaut pour eux à un véritable baptême, à une véritable entrée dans une communauté de semblable […]. Le diagnostic, que les lieux communs d’une certaine psychiatrie voient encore comme une « étiquette » invalidante et déshumanisante, est en réalité un moyen pour les personnes atteintes d’accéder à leur véritable groupe, celui des gens qui leur ressemblent, et qui ont un nom dans le discours scientifique. »

Sur ce je vous quitte sur des mots que je répéterai inlassablement : « L’autisme n’est pas le problème, c’est la solution. ». Informez-vous !

N’hésitez pas à m’écrire, je me ferai un plaisir de vous répondre si ça peut vous aider.

Merci pour votre lecture.

2 commentaires sur “« L’autisme n’est pas le problème, c’est la solution ! »

  1. Mon fils est Asperger. J’entends bien entendu souvent ces lieux communs… Et je rencontre de l’incompréhension quand j’exprime que le diagnostic a été un soulagement, une aide considérable. S’il est une étiquette, C’est celle de la boîte où trouver les informations. Et ça, C’est essentiel.
    Merci pour vos formulations claires!

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    1. Tout est dit, je ne vois rien à ajouter ! Merci pour votre lecture.
      Les formulations, j’y réfléchis depuis très longtemps. Cela a parfois même viré à l’obsession, trouver les bon mots ! C’est même l’histoire de ma vie. Ca n’est pas par hasard que j’aime autant me rappeler de cette phrase de Camus.
      En fait, au début, l’indignation avait plutôt tendance à m’embrouiller, je voyais le mal contre les autistes partout… J’exagère un peu mais pas tant que ça. Aujourd’hui, je suis bplus pondéré, j’essaie d’exprimer un point de vue mesurer en veillant à ne blesser ou stigmatiser personne. Je ne cherche pas à être clivant mais à sensibiliser cela ne signifiant pas à l’inverse que je refuse la critique. Au contraire quand celle-ci est constructive elle est la bienvenu. Pour l’heure, je n’ai jamais reçu que des messages d’encouragement, Ca fait chaud au coeur, moi qui m’attendais parfois à me faire insulter…

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