Des illusions à la désillusion

Certain m’avait mis en garde et dit que la révélation de mon autisme risquait de se retourner contre moi. Je n’ai pas voulu y prêter attention et c’est pourtant malheureusement bien ce qu’il s’est passé. J’ai bien été victime de discrimination en révélant que je suis autiste, j’ai été rejeté pour ce que je suis… Ce fut une expérience douloureuse que je n’ai aujourd’hui toujours pas digérée d’autant que cette « trahison » est venue de là où je ne pouvais m’y attendre.

J’avais choisi de prendre un engagement citoyen, j’avais choisi d’embrasser une carrière au service d’une noble cause, au service d’autrui. Je voulais devenir sapeur pompier volontaire. Autant que je me souvienne, j’ai toujours été animé par un sens aigu de la justice et un dégoût profond pour toutes formes d’injustices. Cela peut paraître naïf dit comme cela, qui serait en faveur de l’injustice ? Mais le fait est que certain s’en accommode, pas moi. Cela provoque en moi des réactions viscérales que je ne peux contenir.

Renseignement pris, j’ai donc engagé la démarche de recrutement et j’ai été finalement réussi ! J’avais fait la preuve de ma motivation à l’occasion de divers entretiens et satisfait aux tests d’efforts. Rentrer chez les pompiers, c’est un peu rencontrer une nouvelle famille. La solidarité y est la règle, on ne jamais laisse un collègue seul. Plus qu’une règle, c’est un principe. Et puis, il se crée rapidement une cohésion très forte au sein des casernes. On est amené à partager ensemble beaucoup d’épreuves difficiles mais aussi énormément de bons moments. Je garde une excellent souvenir de ces expériences, j’ai d’ailleurs été extrêmement bien accueilli par l’équipe de mon centre de rattachement et, pour ça, je leur en suis très reconnaissant. Rapidement, j’avais l’impression d’avoir toujours était là. Peut être pour la première fois de ma vie, j’avais la sensation de faire parti d’une communauté. C’est réconfortant d’être ainsi adoubé quand on a cherché toute sa vie à se faire accepter au sein de groupes sans jamais vraiment y parvenir. Bref, j’étais heureux de ce que j’avais accompli, je ne pouvais soupçonner le tour qu’allaient prendre les événements.

A cette époque, j’avais une job. J’étais assistant d’éducation. La naissance de mon premier enfant s’avançait à grands pas ce qui est assez naturellement angoissant. Ainsi, j’ai été amené à être placé en arrêt de travail pendant plus de trois semaines et, comme c’est la règle, j’avais été mis en inaptitude temporaire. En clair, je ne pouvais plus prendre part à quoi que ce soit au sein de la caserne. Naïvement, je pensais y retrouver rapidement ma place. Cela devait être une formalité, mes collègues m’assuraient que nous étions tous dans une carrière amenés un jour à en passer par là, je n’avais aucun souci à me faire. Les problèmes sont apparus lorsque j’ai cru bon d’informer le service du diagnostic d’autisme que je venais d’obtenir. Pas un seul instant je n’ai pensé que cela poserait problème. Encore une fois, j’ai été trop naïf, trop sincère, j’aurais dû tenir ma langue… Cette révélation a semble-t-il posé des difficultés car, bizarrement, mon dossier s’est mis tout d’un coup à traîner en longueur… Six mois ce sont écoulés et aucun miracle ne s’est produit. J’ai dû littéralement me battre pour essayer de convaincre mes interlocuteurs mais rien n’y a fait. Mon sort était scellé depuis un moment. De toute évidence, j’étais subitement devenu indésirable. Je ne retrouverai pas mon poste.

Les membres de mon centre, au courant de ma situation et de mon autisme m’ont soutenu et ces encouragements m’ont fait chaud au cœur. Mais cela n’aura pas suffit à faire changer le cours des événements. Ma décision était prise, j’allais démissionner. L’attente et l’incertitude devenait insupportable, je devais reprendre mon destin en main. Accepter le renoncement ne fut pas chose aisée mais, avec le recul, je pense avoir pris la bonne décision. Pourquoi ? Bien que déçu et triste d’en arriver là, je me rapidement senti soulagé après l’avoir fait.

J’ai longuement hésité à évoquer cet événement de ma vie. Un jour peut être je retenterais ma chance ailleurs, dans une autre centre, une autre département, un autre service… Mais je crois que ce jour n’arrivera pas. Cette expérience m’a fait l’effet d’une douche froide et aujourd’hui encore, lorsque je croise un véhicule de pompier, je ressens un léger pincement au cœur, comme un goût amer au fond de ma gorge. Cela nécessiterait que je tienne ma langue, que je continue à me taire et cela je ne peux l’accepter. ! Si j’ai choisi aujourd’hui d’en parler, c’est parce que j’estime avoir été victime de l’ignorance et des préjugés que seule la pédagogie peut combattre.

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